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Ces trois couleurs ont structuré la facture d'électricité française pendant des décennies. Deux d'entre elles n'existent plus depuis le 31 décembre 2015, et pourtant elles continuent de circuler dans les conversations, les documents internes et les cahiers des charges.

Si vous cherchez à quel tarif appartient votre site, la réponse tient en une phrase : les couleurs ont été remplacées par des segments techniques, de C1 à C5. Cette page fait la traduction, et corrige au passage l'erreur la plus répandue sur le tarif bleu.

Le point de départ

Ce que désignaient les trois couleurs

Le découpage reposait sur un seul critère : la puissance souscrite du site.

Tarif Bleu

Les sites de faible puissance, jusqu'à 36 kVA : particuliers, commerces, artisans, petits bureaux. C'est le seul des trois qui existe encore.

Tarif Jaune

Les sites raccordés en basse tension au-delà de 36 kVA et jusqu'à 250 kVA : ateliers, moyennes surfaces, hôtels, restaurants, petites industries. Supprimé fin 2015.

Tarif Vert

Les sites raccordés en moyenne ou haute tension, au-delà de 250 kVA, disposant de leur propre transformateur : industrie, grandes surfaces, hôpitaux. Supprimé fin 2015.

La rupture

Pourquoi le jaune et le vert ont disparu

L'ouverture du marché de l'électricité à la concurrence supposait que les clients les plus importants s'approvisionnent aux conditions du marché, et non à un tarif fixé par l'État. Le cadre législatif adopté en décembre 2010 a donc programmé l'extinction des tarifs réglementés au-delà d'un certain seuil de puissance, avec une échéance : le 31 décembre 2015.

Les entreprises concernées ont été invitées à choisir une offre de marché dans les mois précédant la bascule. Celles qui ne l'ont pas fait n'ont pas été coupées : elles ont été basculées d'office sur une offre transitoire, généralement moins avantageuse qu'une offre négociée. Un certain nombre de sites y sont restés longtemps, faute d'avoir traité le sujet.

C'est d'ailleurs le premier réflexe que nous vérifions sur un contrat ancien : un site jamais renégocié depuis 2015 est resté sur une offre de continuité de fourniture ou sur ses reconductions successives, pendant que les prix de marché, eux, ont beaucoup varié.

La traduction

Des couleurs aux segments C1 à C5

Le vocabulaire actuel ne parle plus de couleurs mais de segments de raccordement. C'est celui qu'emploient les gestionnaires de réseau et les fournisseurs.

Critère comparéAncien nomSegment actuel
Tarif BleuPuissance souscrite jusqu'à 36 kVA, basse tension.C5. Le segment le plus nombreux : commerces, bureaux, artisans, professions libérales.
Tarif JauneDe 36 à 250 kVA, basse tension.C4. Voir notre page dédiée au [tarif C4](/tarif-c4-edf), qui détaille sa structure de prix.
Tarif VertAu-delà de 250 kVA, moyenne ou haute tension avec transformateur privé.C3, C2 et C1 selon la puissance et le niveau de tension de raccordement.

L'erreur que tout le monde répète

Non, le tarif réglementé n'est plus réservé aux compteurs de 36 kVA

Le tarif bleu, seul tarif réglementé de vente encore en vigueur, était historiquement associé à un plafond de puissance : 36 kVA. C'est ce que continuent d'écrire la quasi-totalité des pages françaises consacrées au sujet, y compris chez des acteurs de premier plan.

Ce n'est plus exact pour les professionnels. La loi n° 2024-330 du 11 avril 2024 a réécrit l'article L. 337-7 du code de l'énergie, dans une rédaction en vigueur depuis le 1er février 2025 : l'éligibilité d'une entreprise au tarif réglementé repose désormais sur deux critères cumulatifs — employer moins de dix personnes, et réaliser un chiffre d'affaires, des recettes ou un total de bilan n'excédant pas deux millions d'euros. Aucune condition de puissance n'y figure plus.

La conséquence est concrète : une petite structure équipée d'un compteur de plus de 36 kVA peut aujourd'hui être éligible alors qu'elle en était exclue hier. Le détail des critères, la façon dont le prix est construit et les cas où une offre de marché reste préférable sont traités sur notre page consacrée au tarif réglementé de vente.

Le haut du tableau

C3, C2, C1 : ce que recouvrait le tarif vert

L'ancien tarif vert regroupait sous un seul nom des situations très différentes, que la segmentation actuelle distingue. Le critère n'est plus seulement la puissance : c'est le niveau de tension auquel le site est raccordé, parce que c'est lui qui détermine la part de réseau que vous utilisez réellement.

Un site C3 est raccordé en moyenne tension, avec son propre poste de transformation, pour des puissances qui vont couramment de 250 kilovoltampères à quelques mégawatts : supermarchés, cliniques, ateliers de production, entrepôts frigorifiques. C'est le segment le plus nombreux de l'ancien tarif vert.

Les segments C2 et C1 concernent les sites les plus consommateurs, raccordés en moyenne tension avec des puissances importantes, voire directement au réseau de transport pour les plus gros industriels. À ce niveau, l'énergie ne s'achète plus par une offre sur catalogue : elle se négocie site par site, souvent par tranches d'achat étalées dans le temps.

La conséquence pratique est importante pour une entreprise multi-sites : vos établissements ne relèvent probablement pas tous du même segment, et une offre négociée pour votre site principal ne se transpose pas mécaniquement aux autres. C'est l'une des raisons pour lesquelles un appel d'offres global donne rarement le meilleur résultat sur chaque compteur pris isolément.

Le cas concret

Si votre contrat n'a pas bougé depuis 2015

C'est une situation que nous rencontrons encore régulièrement, en particulier dans les structures où personne n'a formellement la charge de l'énergie : la bascule de fin 2015 s'est faite sans décision, le site est passé sur une offre de repli, et ce contrat s'est reconduit d'année en année sans jamais être remis en concurrence.

Le symptôme est facile à repérer sur une facture. Cherchez le nom commercial de l'offre : s'il évoque une continuité, une transition ou un dispositif de sortie, ou s'il n'y a tout simplement aucun nom d'offre identifiable, vous n'êtes pas sur un contrat négocié. Vérifiez ensuite la date de signature — si elle est antérieure à 2016, la question ne se pose plus, elle se traite.

L'écart potentiel n'a rien de théorique. Entre 2015 et aujourd'hui, les prix de gros ont connu des variations d'une ampleur inédite, à la hausse comme à la baisse. Un contrat jamais rouvert n'a suivi aucun de ces mouvements dans le bon sens : il a subi les hausses, sans capter les baisses.

La bonne nouvelle est qu'aucune de ces situations n'est bloquée. Un contrat de fourniture professionnel se change sans coupure, sans intervention technique et sans changement de compteur : c'est le même réseau, le même gestionnaire et le même comptage, seule la facturation change de main.

Pourquoi elles survivent

Des couleurs disparues mais toujours dans le vocabulaire

Onze ans après leur suppression, ces trois noms continuent d'apparaître partout. Dans les cahiers des charges de marchés publics, où des trames anciennes sont réutilisées d'une consultation à l'autre. Dans les logiciels de gestion et les plans comptables, où un libellé de compte créé il y a quinze ans n'a jamais été renommé. Et dans les conversations, tout simplement, parce que « on est en tarif jaune » se dit plus facilement que « notre site est raccordé en basse tension au-delà de 36 kilovoltampères ».

Cette survivance n'est pas anodine quand elle sert de base à une décision. Un appel d'offres rédigé en termes de tarif jaune sera compris par les fournisseurs, mais il envoie un signal : celui d'un acheteur qui travaille sur une documentation ancienne. Et surtout, il n'exprime pas ce dont un fournisseur a réellement besoin pour chiffrer — le segment, la puissance souscrite par poste et la courbe de charge.

Le réflexe utile est donc de traduire avant de consulter. Non par purisme de vocabulaire, mais parce que la précision de la demande conditionne directement la qualité des offres reçues.

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