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Si votre entreprise occupe plus de 1 000 m² de surface tertiaire, elle doit déclarer chaque année ses consommations d'énergie sur OPERAT, la plateforme de l'ADEME. C'est une obligation réglementaire, pas une démarche volontaire, et elle est assortie de sanctions.

Derrière la contrainte administrative, il y a une trajectoire de réduction à tenir sur vingt-cinq ans. Voici qui est concerné, ce qu'il faut réunir avant de déclarer, et ce que cette obligation change à la gestion de vos contrats d'énergie.

En un coup d'œil

Ce que le décret tertiaire impose

Le dispositif Éco Énergie Tertiaire découle du décret n° 2019-771, pris en application de la loi ÉLAN. OPERAT en est le guichet de déclaration.

Critère comparéCe que dit le texteCe que ça implique pour vous
Qui est concernéTout bâtiment, partie de bâtiment ou ensemble de bâtiments hébergeant des activités tertiaires sur au moins 1 000 m² de surface de plancher.Le seuil s'apprécie sur le cumul des surfaces tertiaires d'un même site, pas bâtiment par bâtiment. Plusieurs petits locaux peuvent donc vous rendre assujetti.
L'objectifRéduire la consommation d'énergie finale de 40 % en 2030, 50 % en 2040 et 60 % en 2050 par rapport à une année de référence choisie, ou atteindre un niveau de consommation absolu fixé par arrêté.Le premier jalon n'est plus lointain : il se joue sur les investissements et les usages des prochaines années, pas sur une action de dernière minute.
L'obligation annuelleDéclarer sur OPERAT les consommations de l'année civile écoulée, au plus tard le 30 septembre.Il faut réunir chaque année les consommations de toutes les énergies du site — pas seulement l'électricité — et les surfaces associées.
Ce que la plateforme renvoieUne attestation annuelle par entité assujettie, avec la consommation ramenée à la surface et l'écart aux objectifs.C'est un document opposable, utile en due diligence, en cession et de plus en plus demandé dans les appels d'offres.
En cas de manquementMise en demeure, puis publication du manquement sur un site des services de l'État, et amende administrative plafonnée à 1 500 € pour une personne physique et 7 500 € pour une personne morale.Le montant est modeste, la publication l'est moins : c'est le risque de réputation qui pèse, surtout pour les enseignes et les foncières.

De quoi parle-t-on

OPERAT, la plateforme qui centralise les déclarations

OPERAT — pour Observatoire de la performance énergétique, de la rénovation et des actions du tertiaire — est la plateforme opérée par l'ADEME pour le compte de l'État. C'est le seul guichet de déclaration du dispositif Éco Énergie Tertiaire : aucune transmission par courrier ou par mail ne vaut déclaration.

Le principe est simple à énoncer. Vous y décrivez votre patrimoine tertiaire, vous y déposez chaque année vos consommations réelles, et la plateforme calcule où vous en êtes par rapport à la trajectoire réglementaire. Elle génère en retour une attestation annuelle par entité assujettie.

La difficulté n'est presque jamais la plateforme elle-même : c'est de réunir des données fiables. Consommations par énergie et par point de livraison, surfaces exactes, répartition entre parties communes et privatives, indicateurs d'intensité d'usage. Ces informations sont dispersées entre le service généraux, le comptable, le bailleur et les fournisseurs.

Le périmètre

Êtes-vous assujetti ?

Quatre situations couvrent la grande majorité des cas. En cas de doute sur le cumul des surfaces, c'est presque toujours qu'on est proche du seuil — donc qu'il faut trancher.

Un bâtiment tertiaire de plus de 1 000 m²

Bureaux, commerce, hôtellerie, restauration, enseignement, santé, logistique, salles de sport : l'activité importe peu dès lors qu'elle est tertiaire et que la surface de plancher atteint le seuil.

Plusieurs locaux sur un même site

Le seuil s'apprécie sur le cumul des surfaces tertiaires d'une même unité foncière. Trois bâtiments de 400 m² sur un même site vous rendent assujetti, alors qu'aucun ne l'est isolément.

Une partie tertiaire dans un bâtiment mixte

Dans un site industriel ou un immeuble d'habitation, seules les surfaces à usage tertiaire comptent — bureaux, accueil, salles de réunion. Elles peuvent suffire à franchir le seuil.

Vous êtes locataire, pas propriétaire

L'obligation ne pèse pas que sur le propriétaire. Preneur à bail et bailleur sont tous deux concernés, chacun pour les consommations qu'il maîtrise. Le bail précise en général la répartition.

Deux chemins possibles

Valeur relative ou valeur absolue : que choisir ?

Le texte laisse le choix entre deux méthodes pour démontrer l'atteinte de l'objectif. Ce choix se fait entité par entité, et il n'est pas neutre.

Critère comparéValeur relativeValeur absolue
Le principeRéduire de 40, 50 puis 60 % par rapport à une année de référence que vous choisissez, à condition qu'elle soit pleine et postérieure à 2010.Atteindre un niveau de consommation par mètre carré fixé par arrêté pour votre catégorie d'activité, quel que soit votre point de départ.
À qui elle convientAux sites énergivores et peu optimisés : plus l'année de référence est haute, plus la marge de progression est mécaniquement accessible.Aux bâtiments déjà performants, pour qui une réduction de 40 % supplémentaires serait techniquement hors d'atteinte.
Le piègeChoisir une année de référence déjà sobre — parce que c'est la seule dont on a les données — revient à s'imposer un effort intenable.Le seuil absolu ne se négocie pas : si le bâtiment en est loin, l'écart apparaît d'emblée dans l'attestation.
Ce qu'il faut vérifier avantDisposer des consommations complètes de l'année retenue, toutes énergies confondues, et pouvoir les justifier.Connaître la valeur applicable à votre catégorie d'activité et à votre zone climatique.

En pratique

Préparer sa déclaration, étape par étape

L'essentiel du travail se fait avant de se connecter. Une déclaration mal préparée produit une trajectoire fausse, qu'il faudra corriger les années suivantes.

  1. Recenser les surfaces tertiaires

    Site par site, bâtiment par bâtiment, en distinguant les surfaces réellement tertiaires des autres. C'est cette étape qui détermine l'assujettissement, et c'est la plus souvent bâclée.

  2. Réunir toutes les énergies, pas seulement l'électricité

    Électricité, gaz naturel, réseau de chaleur ou de froid, fioul, propane, bois : le décret raisonne en énergie finale, tous vecteurs confondus. Une énergie oubliée fausse toute la trajectoire.

  3. Rassembler les factures des points de livraison

    Chaque compteur doit être rattaché à la bonne entité. Vos fournisseurs disposent de l'historique de consommation par PDL — c'est la source la plus fiable, et la plus rapide à obtenir.

  4. Choisir l'année de référence et la méthode

    Décision structurante et difficile à revoir ensuite. Elle se prend au vu des consommations réelles disponibles, pas au vu de la seule année dont on a gardé les factures.

  5. Déclarer, puis vérifier l'attestation

    La plateforme renvoie une attestation annuelle par entité. La relire est indispensable : c'est là qu'apparaissent les surfaces erronées et les consommations manifestement incohérentes.

La question qui revient le plus

Bailleur ou locataire : qui déclare quoi ?

Le décret rend propriétaire et preneur à bail tous deux responsables, sans désigner un déclarant unique. En pratique, la répartition suit la maîtrise des données : le bailleur déclare ce qui relève des parties communes et des équipements collectifs, le locataire ce qu'il consomme dans ses parties privatives et ce qui dépend de son activité.

Cette répartition doit être actée quelque part — idéalement dans le bail ou dans son avenant environnemental, obligatoire au-delà de 2 000 m². À défaut, chacun suppose que l'autre s'en occupe, et personne ne déclare.

Le point de friction le plus fréquent tient aux compteurs : un site multi-locataires sans sous-comptage ne permet pas d'attribuer les consommations. C'est un sujet à traiter en amont, parce qu'il conditionne toutes les déclarations suivantes — et pas seulement celle de l'année en cours.

Ce que vous risquez vraiment

Des sanctions modestes, une publication qui l'est moins

La procédure est graduée. L'administration met d'abord en demeure de déclarer, avec un délai. Si le manquement persiste, il est publié sur un site des services de l'État — c'est le mécanisme dit de « name and shame ». Une amende administrative peut s'y ajouter, plafonnée à 1 500 € pour une personne physique et 7 500 € pour une personne morale.

Rapportés au coût d'un plan de travaux, ces montants ne dissuadent personne, et il serait malhonnête de prétendre le contraire. Le vrai risque est ailleurs : la publication est publique et durable, les donneurs d'ordre et les investisseurs la consultent, et l'attestation OPERAT est de plus en plus demandée dans les appels d'offres et lors des cessions d'actifs.

Il y a enfin un risque de trajectoire. Ne pas déclarer, c'est ne pas mesurer ; et arriver en 2030 sans historique fiable, c'est découvrir tardivement l'ampleur de l'effort restant — avec, à ce moment-là, beaucoup moins de temps pour l'étaler.

Le lien avec vos contrats

Ce que l'obligation change à votre achat d'énergie

Le décret tertiaire porte sur les quantités consommées, pas sur le prix payé. Changer de fournisseur ne fait donc baisser aucun indicateur OPERAT, et aucun contrat ne vous met en conformité. Il faut le dire clairement, parce que l'inverse s'entend souvent.

Les deux sujets se rejoignent pourtant sur un point : les données. Réunir les consommations de tous vos points de livraison, toutes énergies confondues, sur plusieurs années, c'est exactement le travail préalable à une analyse de contrat ou à un audit énergétique. Ce que vous rassemblez pour déclarer sert à négocier, et inversement.

Une trajectoire de réduction bien tenue a d'ailleurs un effet direct sur la facture, au-delà du prix du kWh : moins de consommation, c'est aussi une puissance souscrite qu'on peut souvent revoir à la baisse, et une assiette de taxes réduite d'autant. Nous récupérons régulièrement les historiques de consommation auprès des fournisseurs pour nos clients — c'est le point de départ commun aux deux démarches.

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