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Le TRVe, ou tarif réglementé de vente d'électricité, est le seul prix de l'électricité que votre fournisseur ne fixe pas lui-même : il est arrêté par les pouvoirs publics sur proposition de la Commission de régulation de l'énergie, et révisé à deux dates connues d'avance.

Depuis février 2025, le cercle des entreprises qui peuvent y prétendre est nettement plus large qu'on ne le lit encore presque partout. Cette page explique qui y a droit exactement, comment ce prix est construit, ce qui a changé en 2026 avec la fin de l'ARENH, et dans quels cas il vaut mieux rester en offre de marché.

Définition

Un prix fixé par l'État, pas par votre fournisseur

Le tarif réglementé de vente d'électricité est un barème public. La Commission de régulation de l'énergie (CRE) en propose le niveau par délibération, les ministres chargés de l'énergie et de l'économie peuvent s'y opposer, et à défaut d'opposition le tarif s'applique. Aucun commercial n'a la main dessus : à puissance et option identiques, le TRVe est le même chez tous ceux qui le proposent.

Il n'est d'ailleurs proposé que par les fournisseurs historiques : EDF sur la majeure partie du territoire, et les entreprises locales de distribution là où elles sont implantées. Un fournisseur alternatif peut vous vendre une offre indexée sur le TRVe, ce qui n'est pas la même chose — il s'agit alors d'une offre de marché dont le prix suit le tarif réglementé, avec ses propres conditions contractuelles.

Ce barème est révisé deux fois par an, au 1er février et au 1er août. Ces deux dates sont les seuls moments où votre prix bouge si vous êtes au TRVe : entre les deux, il ne se passe rien, quelle que soit l'agitation des marchés de gros. C'est précisément ce que beaucoup d'entreprises viennent y chercher.

Éligibilité

Qui peut souscrire au TRVe en 2026

L'article L. 337-7 du code de l'énergie, dans sa rédaction en vigueur depuis le 1er février 2025, retient deux critères cumulatifs pour les professionnels — et plus aucune condition de puissance.

Critère comparéVous êtes éligibleVous ne l'êtes pas
EffectifMoins de dix personnes employées. Le seuil s'apprécie au niveau de l'entreprise, pas de l'établissement.Dix salariés ou plus, même si un seul site consomme et qu'il est de petite taille.
Taille financièreChiffre d'affaires, recettes ou total de bilan annuels n'excédant pas 2 millions d'euros.Au-delà de 2 millions d'euros sur l'un de ces trois agrégats, quel que soit l'effectif.
Puissance souscriteAucune condition depuis le 1er février 2025 : un compteur de 250 kVA n'empêche plus rien.Aucune non plus — c'est bien la taille de l'entreprise, et elle seule, qui ferme la porte.
DémarcheSur demande, auprès du fournisseur historique de votre zone. Rien n'est automatique.Le seul recours utile est la mise en concurrence des offres de marché.

Le point que presque tout le monde a raté

Le plafond de 36 kVA a disparu

Jusqu'en 2025, une entreprise ne pouvait accéder au tarif réglementé qu'en dessous de 36 kVA de puissance souscrite. Cette condition a été supprimée par la loi n° 2024-330 du 11 avril 2024, et la nouvelle rédaction de l'article L. 337-7 du code de l'énergie est entrée en vigueur le 1er février 2025.

Depuis cette date, le texte ne mentionne plus aucune puissance. Il vise « les consommateurs finals non domestiques qui emploient moins de dix personnes et dont le chiffre d'affaires, les recettes ou le total de bilan annuels n'excèdent pas 2 millions d'euros ». Point final. La CRE publie d'ailleurs désormais des délibérations tarifaires distinctes pour les consommateurs au-dessus de 36 kVA, ce qui n'aurait aucun sens si personne ne pouvait y souscrire.

La conséquence pratique est loin d'être théorique. Un artisan boulanger avec un four électrique, un garage avec une cabine de peinture, un petit atelier de mécanique, un hôtel avec climatisation : ces entreprises dépassent souvent 36 kVA tout en restant très en dessous de dix salariés et de 2 millions d'euros. Elles étaient exclues, elles ne le sont plus, et beaucoup l'ignorent parce que les pages qu'elles consultent n'ont pas été mises à jour.

Si votre compteur relève d'un tarif C4 ou d'un abonnement triphasé de forte puissance, la question mérite donc d'être reposée : l'éligibilité ne se juge plus sur votre compteur mais sur votre liasse fiscale.

La construction du prix

Quatre briques, et deux seulement bougent vraiment

Le code de l'énergie impose que le TRVe couvre l'ensemble des coûts de fourniture, sans les subventionner ni les surfacturer. Chaque révision est l'addition de ces quatre composantes.

L'approvisionnement en énergie

Le coût d'achat de l'électricité et des garanties de capacité nécessaires pour couvrir la consommation des clients au tarif. C'est la brique la plus volatile, et celle que la fin de l'ARENH a le plus bouleversée en 2026.

L'acheminement (TURPE)

Le tarif d'utilisation des réseaux publics, reversé à RTE et à Enedis. Il est révisé chaque année : au 1er août 2026, + 3,04 % sur la distribution et + 3,34 % sur le transport, selon la décision de la CRE du 21 mai 2026.

Les coûts de commercialisation

Facturation, relation client, gestion des impayés, systèmes d'information. Une brique stable, mais qui explique qu'un tarif public ne puisse jamais descendre au niveau du coût de production seul.

La rémunération de l'activité

Une marge normale de fourniture, encadrée par la CRE. C'est ce qui distingue le TRVe d'un prix administré au sens strict : il doit rester contestable par un fournisseur alternatif efficace.

Le tournant de 2026

La fin de l'ARENH a changé la nature du tarif

Jusqu'au 31 décembre 2025, une part importante de l'approvisionnement du tarif réglementé provenait de l'accès régulé à l'électricité nucléaire historique (ARENH) : un volume d'électricité d'origine nucléaire cédé par EDF à un prix fixé par arrêté, très inférieur aux prix de marché des années récentes. Ce dispositif s'est éteint définitivement à cette date.

Pour l'année 2026, la CRE a donc retenu une méthode simple et assumée : approvisionner la totalité des volumes du tarif sur les marchés de gros. Le TRVe n'est plus adossé, même partiellement, à un prix administré de la production nucléaire. Il reflète désormais ce que coûte réellement l'électricité sur le marché, lissé par la méthode d'achat de la CRE.

Le relais est pris par deux dispositifs distincts. Le versement nucléaire universel, entré en vigueur le 1er janvier 2026, taxe les recettes qu'EDF tire de la vente de son électricité nucléaire au-delà de certains seuils et redistribue le produit à tous les consommateurs. Et les contrats d'allocation de production nucléaire, réservés aux très gros consommateurs, donnent accès à une quote-part du parc sur dix à quinze ans.

Concrètement, cela signifie que le TRVe protège toujours de la volatilité de court terme — il ne bouge que deux fois par an — mais qu'il ne protège plus du niveau des prix de marché. Une entreprise qui y voit encore un tarif subventionné se trompe d'époque.

La dernière révision

Ce qui s'est passé au 1er août 2026

Par sa délibération n° 2026-147 du 15 juillet 2026, la CRE a proposé une évolution moyenne de + 2,5 % toutes taxes comprises. Pour les professionnels au tarif bleu, la hausse s'établit à + 2,93 % hors taxes et + 2,35 % toutes taxes comprises, soit environ 4,74 euros de plus par mégawattheure hors taxes.

Trois mouvements de sens contraire expliquent ce résultat. La révision annuelle du TURPE tire le tarif vers le haut. L'intégration du nouveau mécanisme de capacité, dont la première enchère s'est tenue le 6 juillet 2026, y ajoute un coût. À l'inverse, la baisse de l'accise sur l'électricité, ramenée de 30,85 à 30,62 euros par mégawattheure pour les compteurs de 36 kVA ou moins, amortit une partie de la hausse.

L'écart entre le pourcentage hors taxes et le pourcentage toutes taxes comprises n'est donc pas une coquetterie de présentation : il vient précisément de cette baisse de taxe, qui joue sur le montant final sans rien changer au prix de l'énergie. C'est une bonne illustration de ce que masque un pourcentage unique — pour comprendre ce que vous payez vraiment, il faut regarder ligne par ligne, en distinguant l'accise, la contribution tarifaire d'acheminement et la TVA.

L'arbitrage

TRVe ou offre de marché : comment trancher

Il n'y a pas de bonne réponse universelle, et méfiez-vous de quiconque en donne une sans avoir vu vos factures. Voici les critères qui font réellement pencher la balance.

Critère comparéLe TRVe a du sens si…Une offre de marché a du sens si…
Votre rapport au risqueVous voulez un prix qui ne bouge qu'à deux dates connues, sans avoir à surveiller quoi que ce soit.Vous acceptez de suivre le marché pour capter les fenêtres de prix bas, ou de fixer votre prix pour plusieurs années.
Votre volumeVotre consommation est modeste : le gain qu'un fournisseur peut concéder sur quelques dizaines de mégawattheures reste faible.Votre consommation est significative : c'est là que la mise en concurrence dégage des écarts à trois ou quatre chiffres par an.
Votre profil de consommationVotre consommation est diffuse et sans pointe marquée, donc peu valorisable par un fournisseur.Votre courbe de charge est régulière ou décalée des heures de pointe : c'est un argument de négociation réel.
Le momentLes prix de marché sont hauts et vous ne voulez pas figer un prix au mauvais moment.Les prix de marché sont bas et vous pouvez sécuriser plusieurs années à ce niveau.

À retenir

Le tarif réglementé ne vient pas à vous

Le texte est explicite : les tarifs réglementés bénéficient aux consommateurs éligibles « à leur demande ». Une entreprise devenue éligible en février 2025 par la suppression du plafond de puissance n'a donc rien vu changer sur ses factures, et n'y verra jamais rien changer tant qu'elle n'aura pas fait la démarche auprès du fournisseur historique.

L'inverse mérite autant d'attention. Une entreprise qui franchit le seuil de dix salariés, ou celui de 2 millions d'euros, perd son éligibilité — et elle doit alors basculer en offre de marché. Mieux vaut préparer cette bascule que la subir, car un contrat souscrit dans l'urgence se négocie mal.

Enfin, être éligible ne veut pas dire avoir intérêt à y aller. Le TRVe est une référence utile, pas une garantie d'obtenir le meilleur prix : c'est un tarif construit pour couvrir des coûts moyens, pas pour valoriser votre profil particulier. La bonne méthode consiste à comparer votre facture actuelle au TRVe et aux offres de marché du moment, sur vos volumes réels — pas sur une moyenne.

Si vous voulez creuser ce que ces comparaisons impliquent, notre page sur le changement de fournisseur détaille la mécanique contractuelle, et celle sur l'appel d'offres énergie la méthode quand les volumes le justifient.

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