L'accise sur l'électricité est la taxe qui remplace ce que votre facture appelle encore souvent « CSPE » ou « TICFE ». Elle se calcule en euros par mégawattheure consommé, elle ne se négocie pas avec le fournisseur, et elle a été profondément remaniée au 1er janvier 2026.
Cette page donne les tarifs réellement applicables, la manière dont le montant est établi, et les seuils exacts qui ouvrent droit aux tarifs réduits. Les chiffres qui suivent ont été vérifiés sur le code des impositions sur les biens et services et sur la documentation fiscale, pas sur des reprises de presse.
En un coup d'œil
Deux tarifs, selon la puissance de votre compteur
Depuis le 1er août 2026, le barème normal de l'accise sur l'électricité distingue deux catégories fiscales. C'est la puissance souscrite de votre compteur qui détermine celle dont vous relevez, pas votre effectif ni votre chiffre d'affaires.
| Critère comparé | Compteur de 36 kVA ou moins | Compteur de plus de 36 kVA |
|---|---|---|
| Tarif applicable | 30,62 €/MWh | 26,35 €/MWh |
| Qui est concerné | Les ménages, mais aussi une grande partie des TPE, commerces et bureaux : un compteur en tarif bleu reste sous ce seuil. | Les sites industriels, la logistique, la grande distribution et toute entreprise dont la puissance souscrite dépasse 36 kVA. |
| Tarif de février à juillet 2026 | 30,85 €/MWh | 26,58 €/MWh |
| Ce que ça change concrètement | Sur 50 MWh consommés dans l'année, l'accise représente environ 1 530 €. | Sur 500 MWh consommés dans l'année, l'accise représente environ 13 200 €. |
Le vocabulaire
Accise, TICFE, CSPE : pourquoi trois noms
La contribution au service public de l'électricité (CSPE) finançait à l'origine les charges de service public de l'énergie. En 2016, ce financement a été transféré sur la taxe intérieure sur la consommation finale d'électricité (TICFE). Puis la recodification du code des impositions sur les biens et services a renommé l'ensemble « accise sur l'électricité ».
Résultat : trois appellations pour une seule ligne de facture. Votre fournisseur écrira souvent « CSPE » par habitude commerciale, l'administration fiscale parlera d'accise, et les deux désignent le même prélèvement, au même tarif, avec les mêmes possibilités de réduction.
Si vous cherchez la marche à suivre pour obtenir un tarif réduit ou récupérer des montants versés en trop, c'est traité en détail dans notre page dédiée à la CSPE pour les professionnels. La présente page s'en tient à ce que vous payez et à la manière dont ce montant est construit.
La réforme
Ce qui a changé au 1er janvier 2026
L'année 2026 marque la refonte la plus significative de cette taxe depuis la réforme de 2016, et une page publiée avant cette date est aujourd'hui trompeuse sur plusieurs points.
Les catégories fiscales « PME » et « haute puissance » ont d'abord été fusionnées en une catégorie professionnelle unique. Auparavant, un site dépassant 250 kVA relevait d'un régime distinct de celui d'une PME ordinaire ; cette distinction a disparu, et toutes les entreprises au-delà de 36 kVA relèvent désormais du même tarif normal.
La grille des tarifs réduits industriels est ensuite passée de sept niveaux à quatre, avec l'apparition d'une catégorie intermédiaire inédite, dite « électro-sensible ». Des entreprises qui n'entraient dans aucun régime réduit peuvent y devenir éligibles, et inversement, certaines situations acquises ont changé de niveau.
La liste des secteurs regardés comme exposés à la concurrence internationale a par ailleurs été refondue par un arrêté du 18 décembre 2025. Si votre éligibilité reposait sur votre appartenance à cette liste, elle mérite d'être revérifiée : l'entrée comme la sortie de la liste sont possibles.
Enfin, un mécanisme d'indexation annuelle a été instauré, avec une révision des tarifs chaque 1er février. Les montants ne sont donc plus figés jusqu'à la prochaine loi de finances : ils bougent à date fixe, et un budget d'énergie construit sur le tarif de l'an dernier sera faux.
Les tarifs réduits
Quatre régimes, quatre niveaux de tarif
Les tarifs réduits ne dépendent ni de votre taille ni de votre secteur déclaré, mais du poids que la taxe représente dans votre économie — et, pour certains régimes, de l'usage technique que vous faites de l'électricité.
Grand consommateur — 5,5 €/MWh
Le premier palier, ouvert à partir d'un niveau d'électro-intensité de 0,5 %. C'est le régime le plus accessible, et de loin le plus sous-utilisé : il concerne des entreprises qui ne se perçoivent pas du tout comme industrielles.
Électro-sensible — 3 €/MWh
La catégorie créée en 2026, à partir de 2,25 % d'électro-intensité. Elle comble l'écart entre le premier palier et le régime électro-intensif, qui restait hors d'atteinte pour beaucoup de sites de taille moyenne.
Électro-intensif — 0,5 €/MWh
Le tarif le plus bas de la grille, à partir de 6,75 % d'électro-intensité. À ce niveau, l'accise devient presque symbolique : environ cinquante fois moins élevée que le tarif normal professionnel.
Centres de stockage de données — 10 €/MWh
Un régime propre aux data centers, soumis à des conditions d'efficience énergétique et de consommation d'eau. Il concerne aussi des entreprises dont l'informatique n'est pas le métier, mais qui exploitent une salle serveur importante.
Le point le plus mal compris
L'électro-intensité ne se calcule pas comme on le croit
C'est l'erreur la plus répandue sur ce sujet, y compris dans des articles par ailleurs sérieux : l'électro-intensité n'est pas le rapport entre votre consommation d'électricité et votre valeur ajoutée. C'est le rapport entre le montant d'accise que vous devriez acquitter au tarif normal et cette même valeur ajoutée.
Autrement dit : électro-intensité = (accise due au tarif normal ÷ valeur ajoutée) × 100. La valeur ajoutée retenue est elle-même définie précisément — le chiffre d'affaires soumis à la TVA, diminué de la totalité des achats soumis à la TVA.
La nuance n'est pas académique. Elle signifie que deux entreprises consommant rigoureusement la même quantité d'électricité peuvent relever de régimes différents, parce que leur valeur ajoutée diffère. Une activité à faible marge, où l'électricité pèse lourd dans une valeur ajoutée modeste, franchit les seuils bien plus facilement qu'une activité à forte valeur ajoutée consommant autant.
Elle signifie aussi que le calcul se refait chaque année : une baisse de valeur ajoutée, à consommation constante, peut faire entrer un site dans un régime réduit. Une bonne année peut, à l'inverse, l'en faire sortir.
Concrètement
À partir de quelle consommation franchit-on les seuils ?
Voici la lecture inverse du calcul — celle qui manque partout. À combien de mégawattheures annuels chaque seuil correspond-il, pour deux profils d'entreprise ? Estimations établies au tarif professionnel en vigueur de 26,35 €/MWh, à titre indicatif.
| Critère comparé | PME à 1 M€ de valeur ajoutée | Site industriel à 10 M€ de valeur ajoutée |
|---|---|---|
| Seuil grand consommateur (0,5 %) | Environ 190 MWh par an, soit 190 000 kWh — le niveau d'une boulangerie industrielle ou d'un entrepôt frigorifique de taille moyenne. | Environ 1 900 MWh par an. Un seuil que beaucoup de sites de production franchissent sans le savoir. |
| Seuil électro-sensible (2,25 %) | Environ 850 MWh par an. | Environ 8 540 MWh par an. |
| Seuil électro-intensif (6,75 %) | Environ 2 560 MWh par an. | Environ 25 600 MWh par an. |
| Économie annuelle au premier palier | Passer de 26,35 à 5,5 €/MWh sur 190 MWh représente environ 3 960 € par an. | Sur 1 900 MWh, le même passage représente environ 39 600 € par an. |
Au-delà des tarifs réduits
Les usages totalement exonérés
Certaines consommations échappent entièrement à l'accise, et non pas partiellement. Le code des impositions sur les biens et services exonère l'électricité consommée spécifiquement pour réaliser directement une réduction chimique, une électrolyse, ou un procédé métallurgique.
Le mot « spécifiquement » a toute son importance : l'exonération porte sur l'électricité effectivement absorbée par le procédé, pas sur la totalité de la consommation du site. Un site de métallurgie éclaire ses bureaux et chauffe ses vestiaires comme n'importe quelle entreprise, et cette part-là reste taxée normalement. La distinction suppose donc de savoir mesurer ou reconstituer la consommation du procédé lui-même.
D'autres exonérations existent, notamment pour l'électricité produite et consommée sur place en dessous de certains seuils, ou pour celle utilisée afin de produire de l'électricité. Elles répondent chacune à des conditions propres, et le bénéfice n'en est jamais automatique.
À retenir
Aucun tarif réduit ne s'applique tout seul
Quel que soit le régime auquel votre entreprise peut prétendre, le tarif normal continue de vous être facturé tant que vous n'avez rien demandé. L'accès aux tarifs réduits repose sur une attestation que vous établissez et transmettez à votre fournisseur, sous votre responsabilité, et qui doit être tenue à jour.
Cela a une conséquence financière directe : une entreprise éligible depuis des années mais qui n'a jamais établi d'attestation a payé le tarif plein sur toute la période. Ces montants ne sont pas définitivement perdus — une réclamation reste possible sur les années non prescrites, et chaque année qui passe en fait tomber une hors de portée.
La procédure complète — vérification d'éligibilité, rédaction de l'attestation, contrôle de son application effective par le fournisseur et réclamation du trop-payé — est détaillée dans notre page CSPE pour les professionnels. Si vous voulez d'abord comprendre le reste de votre facture, la contribution tarifaire d'acheminement et l'optimisation de la puissance souscrite sont les deux autres postes sur lesquels une entreprise a réellement prise.

Le calcul
Comment le montant apparaît sur votre facture
L'accise est strictement proportionnelle à votre consommation : elle s'obtient en multipliant le nombre de mégawattheures consommés par le tarif de votre catégorie fiscale. Il n'y a ni abattement, ni plafonnement, ni dégressivité — un site qui consomme deux fois plus paie exactement deux fois plus d'accise.
Le tarif affiché comprend en réalité deux composantes. Une part principale, fixée par la loi, et une majoration de 5,66 €/MWh destinée à financer l'approvisionnement électrique des zones non interconnectées — la Corse et les territoires ultramarins, où produire l'électricité coûte beaucoup plus cher qu'en métropole. Cette majoration est due par tous les consommateurs, où qu'ils soient situés.
C'est ce qui explique l'écart entre les chiffres que vous pouvez lire ailleurs : 20,92 €/MWh pour les professionnels correspond à la part principale seule, tandis que 26,58 €/MWh puis 26,35 €/MWh correspondent au tarif réellement facturé, majoration comprise. Les deux nombres sont exacts, ils ne désignent simplement pas la même chose.
Dernier point sur lequel beaucoup d'entreprises se trompent : changer de fournisseur ne réduit jamais l'accise d'un centime. Le nouveau fournisseur la collecte au même tarif que l'ancien. Le prix du kWh se négocie, la taxe non — le seul levier disponible est votre éligibilité à un tarif réduit.