Powernext a été pendant vingt ans le nom de la bourse française de l'énergie. Si vous cherchez ce terme aujourd'hui, c'est probablement parce qu'il apparaît dans un contrat, une proposition commerciale ou un article — et il faut le savoir : la marque a disparu, absorbée par la bourse européenne EEX.
Ce qui subsiste, et qui vous concerne directement, c'est l'indice qu'elle a contribué à installer : le PEG, référence du gaz naturel en France. C'est lui qui se cache derrière la formule de prix de la plupart des contrats professionnels indexés.
L'histoire
Vingt ans d'une place de marché française
Powernext est lancée en 2001, dans le sillage de l'ouverture du marché européen de l'électricité. Sa fonction est celle de toute bourse : offrir un lieu organisé où acheteurs et vendeurs se rencontrent, avec des règles communes, des volumes publiés et un prix de référence opposable à tous. Elle est créée en lien étroit avec RTE, le gestionnaire du réseau de transport d'électricité.
En 2008, un rapprochement avec la bourse allemande EEX donne naissance à EPEX SPOT, qui prend en charge les échanges d'électricité au comptant pour plusieurs pays européens. Powernext se recentre alors sur le gaz naturel. En 2015, EEX en prend le contrôle et développe une plateforme gaz commune à plusieurs marchés européens.
L'intégration s'achève en 2020 : Powernext cesse d'exister comme entité distincte et ses activités sont menées sous la marque EEX. C'est pourquoi les pages qui présentent aujourd'hui Powernext comme une bourse en activité décrivent une situation dépassée depuis plusieurs années.
Le vocabulaire
Trois noms qu'on confond souvent
Ils désignent des choses différentes et n'ont pas le même rôle dans votre contrat.
EEX
La bourse européenne de l'énergie, qui a absorbé Powernext. C'est elle qui organise aujourd'hui les échanges et publie les cotations du gaz français.
PEG
Le point d'échange de gaz français : le lieu virtuel où s'échange le gaz en France, et par extension l'indice de prix qui en découle. C'est la référence citée dans les contrats.
EPEX SPOT
La place des échanges d'électricité au comptant, née du rapprochement de 2008. Rien à voir avec le gaz : c'est l'électricité livrée pour le lendemain.
Le point d'échange
Un seul PEG en France depuis 2018
Jusqu'en 2018, la France était coupée en deux zones d'échange de gaz, Nord et Sud, avec des prix qui pouvaient diverger sensiblement selon les contraintes de transport. Un site situé au sud ne payait donc pas son gaz au même indice qu'un site du nord, pour des raisons purement réseau.
La fusion des deux zones, en novembre 2018, a créé une place unique : le PEG. Depuis, il n'existe qu'un seul prix de référence du gaz naturel en France, quelle que soit la localisation du site. C'est une simplification majeure pour la comparaison d'offres, et elle explique que certains documents anciens mentionnent encore « PEG Nord » ou « TRS » — des références qui n'ont plus cours.
Ce que ça change pour vous
Pourquoi cet indice apparaît dans votre contrat
Un fournisseur de gaz n'a pas de gisement : il achète sur le marché ce qu'il vous revend. Deux façons de construire son prix en découlent. Soit il l'a acheté à l'avance et vous propose un prix fixe, qui intègre le coût de cette couverture. Soit il vous facture au marché, et votre prix suit un indice — le PEG pour le gaz français.
Aucune des deux formules n'est meilleure dans l'absolu. Le prix fixe achète de la visibilité budgétaire et se paie ; l'indexation suit le marché à la baisse comme à la hausse. Le bon choix dépend de votre tolérance au risque, de votre capacité à absorber une variation en cours d'exercice, et du moment où vous signez.
Ce qu'il faut vérifier dans une proposition indexée, en revanche, ne varie pas : quel indice exactement, sur quelle période de cotation il est constaté, quelle marge le fournisseur ajoute par-dessus, et si cette marge est fixe ou révisable. Deux offres qui affichent « indexé PEG » peuvent aboutir à des factures très différentes.
Côté électricité
Le spot électrique, un mécanisme à part
Pour l'électricité, l'héritage de Powernext se retrouve dans EPEX SPOT, née du rapprochement de 2008. Le mécanisme y est particulier, parce que l'électricité ne se stocke pratiquement pas : l'équilibre entre production et consommation doit être tenu à chaque instant.
Chaque jour, les acteurs déposent leurs offres d'achat et de vente pour chacune des vingt-quatre heures du lendemain. Un prix est calculé heure par heure, au point où l'offre et la demande se croisent. C'est pourquoi on parle de prix horaires, et c'est aussi pourquoi ils peuvent varier considérablement dans une même journée — voire devenir négatifs quand la production renouvelable est abondante et la demande faible.
Pour une entreprise, cette mécanique a une conséquence directe : une offre indexée sur le prix spot n'est pas seulement plus risquée, elle récompense la capacité à déplacer sa consommation. Un site capable de décaler un poste énergivore vers les heures creuses n'en tire aucun bénéfice avec un prix fixe, alors qu'il en tire un avantage réel avec une formule indexée.
En pratique
Lire une formule d'indexation sans se tromper
Quatre points à vérifier dans toute proposition qui mentionne un indice de marché. Ils changent le résultat autant que le prix affiché.
Quel indice exactement
PEG pour le gaz français, TTF pour le marché néerlandais, ou un indice électrique pour l'électricité. Deux propositions qui se disent « indexées marché » peuvent se référer à des indices différents, dont les évolutions ne sont pas identiques.
Sur quelle période il est constaté
La plupart des formules retiennent une moyenne sur un mois ou un trimestre, pas le cours du jour. Une même hausse de marché ne se répercute donc pas au même moment selon la période de constatation retenue.
Quelle marge s'y ajoute
Le fournisseur ajoute au-dessus de l'indice une marge couvrant ses coûts et son risque. Elle est parfois exprimée en euros par mégawattheure, parfois noyée dans un coefficient. C'est la seule partie réellement négociable de la formule.
Ce qui est révisable, et quand
Certaines composantes de la formule peuvent être revues en cours de contrat. Repérez lesquelles, à quelle fréquence et selon quel préavis : c'est là que se logent les mauvaises surprises d'un contrat par ailleurs bien négocié.

Le fonctionnement
Comment fonctionne une bourse de l'énergie
Une bourse d'énergie ne stocke rien et ne livre rien. Elle organise la rencontre entre ceux qui ont de l'énergie à vendre — producteurs, importateurs, opérateurs de stockage — et ceux qui doivent en acheter, au premier rang desquels les fournisseurs qui approvisionnent leurs clients. Son apport est double : la liquidité, c'est-à-dire la certitude de trouver une contrepartie, et la transparence, puisque les prix conclus sont publiés.
Les échanges se répartissent en deux grandes familles. Le marché au comptant, ou spot, porte sur une livraison immédiate ou pour le lendemain : c'est là que se règle l'équilibre quotidien entre production et consommation. Le marché à terme porte sur des livraisons futures — le mois prochain, le trimestre prochain, l'année prochaine — et c'est lui qui permet à un fournisseur de vous proposer un prix fixe sur deux ans sans savoir ce que coûtera l'énergie ce jour-là.
Cette distinction explique une chose que beaucoup d'entreprises trouvent contre-intuitive : le prix qu'on vous propose en septembre pour une livraison l'année suivante n'a que peu de rapport avec le prix constaté aujourd'hui. Il reflète ce que le marché anticipe, et le coût pour le fournisseur de sécuriser cette anticipation.