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Le prix de l'électricité livrée en 2027 a augmenté parce que trois choses se sont produites en même temps : le gaz a flambé avec les tensions au Moyen-Orient, le parc nucléaire et les barrages produisent moins que prévu à l'approche de l'hiver, et l'EPR de Flamanville est à l'arrêt pour près d'un an. Sur le marché de gros, le contrat « Cal 2027 » est passé de 89,54 €/MWh le 11 septembre à 107,09 €/MWh le 13 octobre, soit +19,6 % en un mois, puis à 120,34 €/MWh le 27 octobre. En janvier, il valait environ 50 €/MWh.

Ces chiffres concernent directement toute entreprise, collectivité ou copropriété dont le contrat d'électricité ou de gaz arrive à échéance le 31 décembre 2026 : son prix pour 2027 sera fixé sur ces niveaux. Cette page explique ce qui a fait monter les prix, ce que le marché anticipe pour les années suivantes, et ce qu'il est encore possible de faire avant la fin de l'année.

Les chiffres

Ce que vaut l'électricité livrée en 2027 et en 2028

Cotations de clôture des contrats annuels base sur le marché à terme français, en €/MWh, hors acheminement et hors taxes. C'est le coût de l'énergie seule, avant la marge du fournisseur.

Critère comparéLivraison 2027Livraison 2028
Février 2026 (point bas)≈ 49 €—
8 octobre 2026101,37 €62,29 €
16 octobre 2026109,61 €67,06 €
27 octobre 2026120,34 €70,75 €

Deux mois de hausse

Ce qui s'est passé sur le marché depuis septembre

Les entreprises qui achètent leur électricité à prix fixe paient un prix construit sur le marché à terme : le fournisseur achète à l'avance l'énergie qu'il vous livrera l'année suivante, et la cotation du jour de la signature fait l'essentiel de votre prix. C'est pourquoi le contrat « Cal 2027 », qui correspond à une livraison continue pendant toute l'année 2027, est le bon thermomètre pour quiconque renouvelle maintenant.

Ce thermomètre s'est emballé. Après un point bas autour de 49 €/MWh en février, le contrat a franchi 70 € en juillet et 90 € en septembre. Le 8 octobre, il a clôturé à 101,37 €/MWh, son plus haut niveau depuis septembre 2023, et le seuil symbolique des 100 € n'a plus été repassé à la baisse. Il cotait 107,09 € le 13 octobre, 109,61 € le 16 et 120,34 € à la clôture du 27 octobre. En un peu plus de deux mois, le prix de l'énergie livrée en 2027 a plus que doublé par rapport au début de l'année.

Les années suivantes montent aussi, mais beaucoup moins : le contrat 2028 est passé d'environ 55 € début septembre à 70,75 € fin octobre, et le 2029 cote encore 62,53 €. Cet écart dit quelque chose d'important, sur lequel nous revenons plus bas : le marché ne parie pas sur une hausse durable, il concentre son inquiétude sur 2027.

Les causes

Six raisons qui expliquent la hausse des prix de l'énergie

Le gaz flambe

Le gaz livré en 2027 sur le marché français a pris plus d'un tiers en un mois et cotait 75,75 €/MWh le 27 octobre. Les stocks européens se sont remplis plus difficilement que les années précédentes et l'Europe dispute les cargaisons de gaz liquéfié à l'Asie.

Les tensions au Moyen-Orient

Les tensions autour du détroit d'Ormuz perturbent les flux énergétiques, notamment les livraisons de gaz liquéfié du Qatar. Le marché intègre une prime de risque : il paie aujourd'hui pour se protéger d'une rupture d'approvisionnement cet hiver.

Un parc nucléaire moins disponible

Début octobre, le nucléaire produisait 36,9 GW pour 63 GW installés, soit 58 % de sa capacité : près de 40 % du parc était indisponible, entre maintenance programmée et arrêts imprévus. Moins de nucléaire, c'est plus de centrales à gaz appelées.

Flamanville à l'arrêt pour près d'un an

L'EPR de Flamanville a été arrêté le 26 septembre 2026 pour sa première visite complète, une inspection obligatoire prévue pour durer environ 350 jours. Ses 1 600 MW manqueront pendant une bonne partie de 2027.

Une hydraulique affaiblie par la sécheresse

Après un été très chaud et sec, les barrages produisaient début octobre environ 15 % de leur capacité. L'hydraulique est d'ordinaire la réserve qui permet de passer les pointes de consommation sans recourir au gaz.

L'hiver qui arrive

La demande de gaz et d'électricité augmente avec le chauffage, au moment où l'offre est la plus fragile. Le CO₂, à plus de 85 € la tonne mi-octobre, renchérit en plus chaque mégawattheure produit par une centrale fossile.

Le mécanisme

Pourquoi le prix du gaz fait monter le prix de l'électricité

La France produit l'essentiel de son électricité avec le nucléaire et les renouvelables, mais son prix de gros se forme sur un marché européen interconnecté. Sur ce marché, à chaque heure, les centrales sont appelées de la moins chère à la plus chère jusqu'à couvrir la demande, et c'est la dernière appelée qui fixe le prix pour tous. Le soir, quand le solaire ne produit plus, cette dernière centrale est très souvent une centrale à gaz.

Quand le gaz et le CO₂ montent, le coût de cette centrale marginale monte, et avec lui le prix de toute l'électricité échangée à cette heure-là. Moins le nucléaire et l'hydraulique sont disponibles, plus les centrales à gaz sont sollicitées souvent, et plus leur coût pèse dans le prix moyen. C'est exactement la combinaison de cet automne : un gaz cher et un parc français qui a besoin de lui plus souvent que d'habitude.

Le même mécanisme explique pourquoi le gaz ne baissera pas seul pendant que l'électricité remonte : les deux énergies sont liées. Une entreprise qui a un contrat de gaz arrivant à échéance en même temps que son contrat d'électricité subit donc deux hausses de même origine. Pour les syndics, le sujet se double d'un problème de calendrier, détaillé dans notre article sur le contrat de gaz en copropriété.

Le contexte français

2027, une année d'incertitudes

Au-delà du marché, plusieurs facteurs propres à la France entretiennent la nervosité. Le projet de loi de finances pour 2027, déposé le 1er octobre, rouvre la discussion sur la fiscalité de l'énergie, accises sur l'électricité et le gaz comprises : tant que le texte n'est pas voté, la part taxes de la facture 2027 reste incertaine. Le climat social chez EDF, avec un appel à la grève lancé fin septembre par plusieurs syndicats, ajoute une inconnue sur le calendrier des arrêts de réacteurs.

L'élection présidentielle du printemps 2027 pèse aussi sur les anticipations. Le cadre qui a succédé à l'ARENH depuis le 1er janvier 2026, le versement nucléaire universel, est récent, et ses paramètres peuvent être revus. Ce dispositif ne protège d'ailleurs pas du prix de marché : il redistribue une partie des revenus nucléaires d'EDF quand les prix dépassent certains seuils, après coup et sous forme de réduction sur facture. C'est un amortisseur, pas un prix garanti.

Rien de tout cela ne permet de prédire le prix de l'électricité en 2027. Mais ces incertitudes expliquent pourquoi le marché refuse pour l'instant de parier sur une détente rapide : à court terme, aucun des facteurs de hausse n'est en voie de se résorber avant l'hiver.

Ce que le marché anticipe

2027 coûte presque deux fois plus cher que 2029

Le chiffre le plus utile pour décider n'est pas la hausse de 2027, c'est l'écart entre les années. Le 27 octobre, l'électricité livrée en 2027 cotait 120,34 €/MWh, celle livrée en 2028 70,75 € et celle livrée en 2029 62,53 €. Autrement dit, le marché concentre le risque sur l'année qui vient : il anticipe un retour vers des niveaux plus proches de 60 à 70 € une fois passé le cap de l'hiver, du redémarrage de Flamanville et de la reconstitution des stocks de gaz.

Cette anticipation peut se révéler fausse, dans un sens comme dans l'autre, mais elle a une conséquence pratique immédiate. Un contrat d'un an signé aujourd'hui fige le prix de l'année la plus chère. Un contrat de deux ou trois ans mélange 2027 avec des années que le marché valorise beaucoup moins, et peut donner un prix moyen nettement plus bas. Ce n'est pas toujours le bon choix, notamment si l'activité de l'entreprise peut changer, mais c'est une option à chiffrer systématiquement cette année.

Exemple chiffré

Ce que la hausse représente pour une PME

Prenons une PME qui consomme 100 MWh d'électricité par an, soit le profil d'un petit site industriel, d'un supermarché de proximité ou d'un hôtel de taille moyenne. Entre le 11 septembre et le 13 octobre, la hausse de 17,55 €/MWh du contrat 2027 représente à elle seule 1 755 € HT de plus par an sur la part énergie de sa facture. Par rapport au niveau de janvier, autour de 50 €/MWh, l'écart avec les 120 € de fin octobre dépasse 7 000 € HT par an.

Ces montants portent uniquement sur l'énergie : l'acheminement, l'accise et les autres taxes s'ajoutent, mais ils ne dépendent pas de la date de signature. C'est donc bien sur la part énergie, et sur elle seule, que se joue l'écart entre une entreprise qui a signé au bon moment et une autre.

Échéance au 31 décembre

Votre contrat se termine le 31 décembre 2026 : que faire maintenant

Si vous ne faites rien, votre contrat sera le plus souvent reconduit ou basculé sur une offre par défaut, rarement à un bon prix. Voici les étapes, dans l'ordre.

  1. Retrouver la date exacte et le préavis

    Ils figurent dans vos conditions particulières. Certains contrats imposent de résilier un à trois mois avant l'échéance : à fin octobre, c'est parfois déjà le dernier moment.

  2. Faire chiffrer plusieurs durées

    Un an, deux ans, trois ans : avec un 2027 beaucoup plus cher que 2028 et 2029, l'écart de prix moyen entre ces durées n'a jamais été aussi important.

  3. Mettre plusieurs fournisseurs en concurrence le même jour

    Les offres à prix fixe sont valables quelques heures à quelques jours. Comparer une offre d'hier et une offre d'aujourd'hui revient à comparer deux marchés différents.

  4. Signer sans attendre un hypothétique retournement

    Attendre une baisse est un pari. Une fois le 31 décembre passé sans nouveau contrat, vous ne choisissez plus votre prix : vous subissez celui de l'offre par défaut.

Parole d'expert

Mon conseil : n'attendez pas que le marché vous donne raison

Dans les dossiers que je vois passer au cabinet ces dernières semaines, la même hésitation revient : « les prix ont trop monté, je vais attendre qu'ils redescendent pour signer ». Je comprends le réflexe, mais il repose sur une hypothèse que personne ne peut garantir, et surtout il oublie le calendrier. Quand l'échéance tombe le 31 décembre, attendre n'est plus une stratégie à partir d'un certain point : c'est accepter un prix par défaut. Nos analystes suivent le marché tous les jours, et aucun d'eux ne prétend savoir où sera le Cal 2027 dans un mois.

Ce que je conseille plutôt, c'est de regarder la courbe telle qu'elle est. Si 2027 est l'année la plus chère et que 2028 et 2029 cotent bien en dessous, la vraie question n'est pas « quand signer », mais « pour combien de temps ». Demandez systématiquement un chiffrage sur un, deux et trois ans, posez les coûts annuels côte à côte, et décidez en connaissant l'écart. C'est souvent là que se trouve l'économie cette année, bien plus que dans le choix du jour de signature.

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